Introduction
Heretic est un thriller psychologique très attendu de la maison de production A24, qui est sorti en salles à la fin de l’automne de 2024. Cette histoire claustrophobe sur la foi et le doute a été réalisée par Scott Beck and Bryan Woods, les scénaristes du film d’horreur marquant Sans un Bruit (2018) et filmée par le directeur de la photographie sud-coréen Chung Chung-hoon, dont le style se distingue par une utilisation expressive et dramatique de la lumière.
Et en effet, d’un point de vue technique, bien que le film ne soit pas aussi tordu ni excessivement raffiné selon les standards des thrillers pseudo-religieux (pensons par exemple au film Martyrs, 2008), il n’y a pas de réclamations à faire. Cependant, en ce qui concerne le contenu interne, il m’a personnellement laissé une impression mitigée, et cet article ne sera certainement pas entièrement élogieux. Alors, essayons de comprendre de quoi parle cette histoire.
Synopsis
À première vue, l’intrigue semble assez transparente. Une mission religieuse mène deux sœurs – sœur Barnes (Sophie Thatcher) et sœur Paxton (Chloé East) – à la porte du soi-disant inoffensif M. Reed (Hugh Grant). Cependant, en franchissant le seuil de sa maison, elles se retrouvent prises au piège dans une trappe sournoise posée par leur hôte, dont l’objectif est de mettre leur foi à l’épreuve. Pour survivre, elles devront traverser une série d’épreuves complexes et subtiles, confrontées à des phénomènes difficiles à expliquer. Leur choix de ce en quoi croire devient alors une question de vie ou de mort.
Problématique
Il arrive souvent que les gens confondent la foi et la religion et, n’osant pas démêler l’emballage religieux, ils négligent une question beaucoup plus complexe et profonde : celle de la foi et des convictions humaines. C’est précisément ce dont parle le film Heretic.
L’histoire, qui commence sur une toile de fond assez triviale, amène le spectateur à croire qu’il est confronté à un énième thriller psychologique de bas étage sur un maniaque et ses victimes, qui doivent ruser pour tromper leur agresseur et survivre. Le suspense bien dosé, la panique croissante des protagonistes, le charme et l’excentricité du maniaque qui partage avec elles ses vues « spécifiques » – tout cela, nous l’avons déjà vu des dizaines de fois. Et cela, sans aucun doute, endort la vigilance du spectateur dans un premier temps. Pourtant, il ignore encore qu’il est lui-même impliqué dans un jeu de perception intitulé « croire/ne pas croire ».
Ce qui est le plus intéressant dans ce genre de films, ce n’est pas de suivre les rebondissements de l’intrigue, mais de découvrir qu’on est soi-même plongé dans l’histoire. Ce procédé a parfaitement réussi aux réalisateurs, qui manipulent la perception du spectateur comme ils l’entendent : tantôt ils lui font croire aux discours convaincants de M. Reed, tantôt il croit aux arguments qui les démentent de la part de sœur Barnes, tantôt il se laisse convaincre par la possibilité d’une résurrection miraculeuse, tantôt il découvre le tour spectaculaire qui se cache derrière.
Et ainsi tout au long du film, du début à la fin, le spectateur oscille entre réalisme et mysticisme. En un mot, ils gardent un contrôle total sur le spectateur, ce qui constitue l’un des termes clés du film.
Foi, raison, contrôle
Toute dérive dans les extrêmes, que ce soit la soumission totale de soi-même à l’esclavage, juste pour échapper à la responsabilité, comme c’est le cas des autres victimes de M. Reed, enfermées dans des cages, ou la croyance aveugle en sa propre supériorité impeccable et invincible, comme c’est le cas de M. Reed lui-même, mène inévitablement à la mort de la personnalité. Le sentiment d’une supériorité incontestable sur sa victime, d’ailleurs, est un attribut incontournable de tous les maniacs de cinéma. Dans Heretic, les réalisateurs ont choisi de souligner cela avec la maquette complexe de la maison de M. Reed, sur laquelle il trône tel un marionnettiste satisfait. Ce n’est pas une nouvelle méthode, bien sûr, mais elle reste toujours visuellement efficace.
Femmes, hommes…
La manière dont les réalisateurs abordent la question du genre dans Heretic est également assez intéressante. Dès le début du film, la répartition des forces semble évidente : deux jeunes filles religieuses n’ont aucune chance contre un homme qui, bien que vieillissant, n’est pas encore affaibli dans sa propre maison. Elles, telles des agnelles inoffensives, pénètrent docilement dans son repaire, ignorant les règles de sécurité et le bon sens.
Cependant, le film nous rappelle que la supériorité physique n’est plus nécessairement synonyme de victoire. Le véritable avantage ici, comme dans les réalités de la vie moderne, réside dans la force de caractère, et c’est précisément là que se produit l’une des redistributions inattendues du pouvoir dans le film, car intellectuellement, les filles se révèlent beaucoup mieux préparées qu’il n’y paraît au premier abord. C’est alors que commence ce jeu de l’esprit, a priori injuste, et la volonté du hasard, comme dans une partie de Monopoly, que le propriétaire de la maison leur fait jouer.
Et l’apparition totalement inutile du paroissien parti à leur recherche, qui appartient à l’église des filles, témoigne aussi de la perte de la sacralité de la figure du héros masculin et du sauveur. L’esprit archaïque du spectateur espère que ce personnage joue le rôle du chevalier courageux, mais il n’en est rien. Il n’y a personne sur qui compter, les filles. Il va falloir vous sauver toutes seules…
Moments controversés
En ce qui concerne ce film, nous allons, comme toujours, adopter un regard critique. Aussi captivante que soit cette histoire tordue, certains aspects de la réalisation sont manifestement ratés, et les fils ne se rejoignent pas.
Par exemple, la question de la légitimité de l’« emprisonnement » des filles. Il arrive parfois que l’on ait l’impression (et je pense que vous serez d’accord avec moi) qu’elles auraient pu s’échapper de la maison d’une manière bien plus simple, sans jouer selon les règles de M. Reed. Après tout, elles auraient pu lui donner un coup sur la tête, fabriquer une arme ou passer à l’attaque, n’est pas ?
Mais supposons que ce ne soit pas un défaut de réalisme évident, mais plutôt quelque chose de psychologique – un désir profond et inconscient des héroïnes de se retrouver dans cette situation. Nous savons tous comment ça se passe parfois : on marche dans une rue bien éclairée tard le soir, on voit une ruelle sombre et, contre toute logique, on s’y engage. Peut-être que chacun de nous rêve parfois de se retrouver dans une situation dangereuse juste pour pimenter sa vie, se montrer comme un héros ou mourir comme un martyr (ce qui résonne bien avec les croyances religieuses de certaines personnes).
Un autre exemple – la ligne déjà mentionnée avec le « vieux » mormon qui part à la recherche des filles. D’abord, il découvre mystérieusement leur disparition, puis il entre dans plusieurs maisons, trouve la maison de M. Reed et… s’en va simplement, sans aucun résultat. Ensuite, il disparaît complètement du film, comme si l’on avait oublié son personnage.
Oui, du point de vue du scénario, son apparition était nécessaire pour créer un moment tendu avec les tentatives des filles de se faire remarquer. Mais soyons honnêtes – n’importe qui, du facteur au président, aurait pu entrer chez M. Reed à ce moment-là. Peut-être que sa fonction était aussi d’attirer l’attention du spectateur sur le fait que même les personnes proches du monde spirituel peuvent être totalement naïves et aveugles, mais pour cela, deux héroïnes coincées dans le piège auraient suffi.
Conclusion
En résumé. Ce film est-il sans précédent et unique en son genre ? Définitivement non. Mais ce sont des attentes trop élevées, donc baissons un peu la barre : les réalisateurs auraient-ils pu gérer plus habilement leur tâche de manipulation de la perception du spectateur et de lui lancer de nouvelles énigmes autour du thème de la morale ? Probablement oui. De plus, il faut reconnaître que même avec la tâche qui leur était assignée, les réalisateurs n’ont pas toujours réussi à mener leur projet à bien.
Le thème principal a été choisi de manière ambitieuse, cependant, le transposer fidèlement sur la toile du grand cinéma destiné à un large public mondial n’a pas réussi (et peut-être que cela ne pouvait de toute façon pas se passer autrement). C’est sans doute la principale raison pour laquelle le spectateur se retrouve face à une interprétation plutôt superficielle, que je qualifierais même de vulgarisation scientifique d’un vaste pan de la philosophie, notamment des études religieuses. Ce délice intellectuel a été simplement effleuré, ce qui est quelque peu décevant.
Ainsi, la question irrésolue de la foi (et, par conséquent, du rôle des convictions humaines) reste sans réponse, mais convenons que le film a probablement apporté sa modeste, bien que minime, contribution à la réflexion du spectateur à ce sujet. Ou peut-être, au contraire, a-t-il encore plus embrouillé et déformé la vision de la question, qui sait. Après tout, tout dépend de notre perception. Et il faut continuellement travailler sur celle-ci, mes amis.
P.S. Il est certain d’une chose – Hugh Grant a ajouté son nom à la liste des psychopathes charismatiques du cinéma.















